| Ambiance | "On joue à domicile, ça nous donne un petit avantage." La phrase de Patrick McEnroe se veut modeste. Pourtant, le Coliseum de Winston Salem s’annonce surchauffé. Si le tennis n’est pas un sport phare aux États-Unis, et encore moins dans cette petite ville de Caroline du Nord, la victoire des Américains en Coupe Davis en décembre dernier a relancé l’engouement de la nation pour ce sport. Et face à la France, que le capitaine américain juge être l’adversaire le plus difficile, le public a conscience qu’il a de quoi jouer un rôle primordial. | La France n’est jamais meilleure qu’en position d’outsider. Il lui faudra pourtant lutter contre un cinquième homme, le public américain et surtout tenir la pression de la salle. Habitués aux grandes ambiances dans leur carrière individuelle, mais aussi en France, où les salles sont habituellement très réceptives, les Bleus devront toutefois faire avec cette hostilité amicale qui pourrait bloquer Michaël Llodra, motivé, mais craintif de débuter la rencontre en simple. Quant à Paul-Henri Mathieu, il a souvent eu du mal dans les situations difficiles, même si l’âge et l’expérience ont durci le joueur, psychologiquement bien plus fort. |
| Capitaine | Patrick McEnroe est le ciment de la formation américaine. Arrivé en 2000 pour succéder à son légendaire frère, le capitaine américain a eu la chance d’avoir les moyens de construire sur le long terme. Le succès a mis du temps à arriver, mais il est aujourd’hui tangible avec seulement six défaites sur les 21 rencontres disputées par l’équipe depuis 2001, deux finales disputées et un titre remporté fin 2007, après six années d’une patiente construction de la formation américaine. | Comme son homologue américain, Guy Forget a signé un long bail à la tête de l’équipe de France, où il arrivé en 1999. Fort de deux titres en tant que joueur avec les Tricolores en 1991 et 1996, il a réussi à mener le pays jusqu’à la victoire en tant que capitaine en 2001, ratant le doublé l’année suivante. Conforté dans ses fonctions en octobre dernier, Guy Forget espère maintenant renouer avec la victoire en Coupe Davis, qui échappe à l’équipe de France depuis sept ans. Très présent et à l’écoute de ses joueurs, il veut également renouveler l’équipe. "J’aurai des choix difficiles. Je ne peux faire de miracle. Il faut que les joueurs aient envie. Aux joueurs d’être à la hauteur, cela passe par une recherche perpétuelle d’excellence" confiait-il lors du renouvellement de son contrat, pour deux ans supplémentaires, en octobre dernier. |
| Expérience | Avec une moyenne d’âge de 27 ans, l’équipe américaine de Coupe Davis ne dispose pas des joueurs les plus âgés du circuit mondial. Ce qui ne l’empêche pas de compter sur une expérience indéniable. Andy Roddick, James Blake et les frères Bryan forment l’ossature solide et pratiquement indéboulonnable depuis 2001, quelques mois après l’arrivée de Patrick McEnroe à la tête de l’équipe. Les débuts ont été difficiles, mais l’immuabilité américaine a permis à ses joueurs de grandir ensemble et d’arriver, la saison dernière, à remporter la première Coupe Davis des États-Unis depuis 1995. Réguliers sur le circuit, les quatre hommes ont réussi à devenir une véritable équipe nationale, complète, et à plonger dans une spirale de résultats positifs qu’il sera difficile d’arrêter. | À la recherche du renouveau, Guy Forget avait propulsé Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet en fers de lance de l’équipe de France en février dernier face à la Roumanie. Une idée qui n’a pas tardé à porter ses fruits puisque la victoire a été sans conteste (5-0). Mais les deux perles tricolores, blessées et en perte de vitesse depuis quelques semaines ont finalement déclaré forfait, laissant finalement le capitaine des Bleus affronter les USA avec une équipe assez expérimentale. Car si Paul-Henri Mathieu a déjà disputé dix rencontres de Coupe Davis, il n’en a remporté que quatre. Quant à Michaël Llodra, son bilan est positif (10 victoires pour six défaites), mais il n’a joué que trois matchs en simple, ne sortant vainqueur que d’un seul. |
| Surface | À peine la victoire face à l’Autriche acquise, les Américains ont opté pour le Coliseum de Winston-Salem afin de disputer la rencontre en indoor sur une surface ultra-rapide. Le profil de ses joueurs, Andy Roddick et son service dévastateur, James Blake et son jeu à plat, et les frères Bryan quasiment imbattables en Coupe Davis, ainsi que les statistiques, ne pouvaient laisser à penser que les Américains choisiraient une autre surface. D’autant plus qu’à domicile, ils n’ont plus perdu en indoor depuis la défaite face à l’Italie (1-4) en 1998. | La polyvalence tricolore est l’un des principales armes des joueurs de l’équipe. S’ils auraient peut-être été plus à l’aise, notamment Paul-Henri Mathieu, sur terre battue, les éléments français ont de quoi lutter, même si ce sera âpre. Le service performant de Michaël Llodra et la rapidité du jeu de Paul-Henri Mathieu seront précieux à Salem, même s’ils ne feront pas tout. "C’est compliqué. Il va falloir bien ouvrir les yeux, même si quelquefois ça ira malheureusement trop vite. Je n’ai pas d’autre choix que d’anticiper, et de partir à gauche ou à droite. Je sais très bien que je vais me prendre beaucoup d’aces. Il ne faudra pas se frustrer, et bien rester dans le match" se méfie d’ailleurs déjà Michaël Llodra qui ouvrira le bal face à Andy Roddick. |
| La forme du moment | Vainqueur des tournois de San Jose et de Dubaï, demi-finaliste de celui de Miami, Andy Roddick est resté sur la dynamique d’une année 2007 brillante qu’il a terminé à la sixième place mondiale. Un mur quasiment infranchissable, soutenu par un James Blake lui aussi en forme depuis le début de l’année puisqu’il a atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie et des tournois de San Jose, Indian Wells et Miami. Quant à la paire de double américaine, elle semble insubmersible. Premiers mondiaux, les frères Bryan ont déjà remporté le tournoi de Miami et disputé quatre finales depuis janvier. Sans oublier qu’ils n’ont jamais perdu qu’une seule rencontre en double en 15 matchs disputés en Coupe Davis. | Sans Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga, l’équipe de France pourrait apparaître dépourvue. Au vu de la forme affichée par Michaël Llodra et Paul-Henri Mathieu en 2008, le forfait des deux meilleurs tricolores ne pénalisera peut-être pas avec tant de forces les Bleus. Le premier nommé a en effet gagné à Adelaïde et Rotterdam, notamment grâce à un service particulièrement performant, alors que le second affiche une belle constance depuis le début de la saison. Reste à savoir si cela suffira aux Bleus pour arrêter leurs adversaires à domicile, ce qu’ils n’ont plus fait depuis… 1927. |