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"Moi, je joue tous les matchs pour les gagner. Alors si je les gagne tous…". Rodrigo Roncero ne terminera pas sa phrase. Quelques heures plus tard, ses petits copains provoquaient un véritable tremblement de terre dans l’Hexagone, surprenant le XV de France d’entrée dans cette compétition (12-17). Sans briller, mais avec cette envie si spécifique aux pays sud-américains, à l’Argentine en particulier. Si Rodrigo Roncero n’a pas fini sa phrase, c’est probablement pour permettre aux siens de rester "masqués" dans ce Mondial. Cinquièmes au classement international, les Pumas ne fanfaronnent pas. Non, ces derniers se contentent d’être efficaces. Et peu importe les critiques liées à leur jeu.
"C’est vrai qu’on n’a pas forcément montré grand-chose, un jeu particulièrement offensif dans cette Coupe du monde", confie ainsi le talonneur clermontois Mario Ledesma. "Mais sur le terrain, on laisse tout", précise Juan Martin Fernandez Lobbe. Autrement dit du cœur, des tripes, et du souffle. Il fallait au moins un de ces trois moteurs essentiels pour ne pas se faire une montagne dimanche du match face à l’Irlande. Un match qui sonnait notamment les retrouvailles du camp argentin avec l’arbitre Paul Honiss, pas toujours impartial lors de la dernière confrontation en 2003 entre les deux nations selon les dires du sélectionneur, Marcelo Loffreda. Le score final (15-30) montre bien que le sentiment de revanche a su être évacué, habilement supplanté par la culture de la gagne.
Un petit air de France 98
Surtout, l’Argentine impressionne par son état d’esprit. Alors que son parcours suscite de nombreuses réflexions en interne, notamment sur une future intégration des Pumas à un grand tournoi international (ndlr : Tournoi des VI Nations ou Tri-nations), ces derniers apparaissent sereins. Et sans prétention, sûrs de leur force. Le cadre de la jolie ville d’Enghien-les-Bains, leur camp de base lors des deux chocs qui les attendaient dans ce groupe D, face à l’équipe de France et à l’Irlande, y est sûrement pour quelque chose. "On est isolé dans notre hôtel. On est dans notre bulle", explique ainsi Mario Ledesma. Le joueur de Clermont, à l’image de son équipe, sait d’ailleurs prendre du recul sur la médiatisation de plus en plus poussée qui entoure sa sélection. "Vous voulez nous mettre la pression comme les Français lors du match d’ouverture ? Non, on n’a pas la pression."
Difficile en effet pour les partenaires de Ledesma de céder à un sentiment de panique à l’heure de jouer le Mondial en France. La grande majorité d’entre eux évoluent au sein du Top 14, d’autres en Angleterre et en Irlande, à un haut-niveau, au sein de grands clubs. Marcelo Loffreda dispose ainsi d’un groupe à la fois homogène et cosmopolite ce que confirme le troisième ligne Fernandez Lobbe lui-même. "On sait qu’on a beaucoup de joueurs de qualité, qu’on joue dans les meilleurs championnats d’Europe et forcément, cela ne peut qu’élever le niveau de l’équipe nationale". Une situation qui n’est pas sans rappeler celle dans laquelle s’est retrouvée Aimé Jacquet à l’heure de se mesurer à l’un des grands défis du sport français : remporter la Coupe du monde de football, avec des joueurs disséminés un peu partout en Europe. Autre temps, autre histoire.
Cette Coupe du monde, ils la veulent
Recul par rapport à la frénésie dont ils sont la cause – "si on lit la presse argentine, on est déjà champions du monde alors" s’amuse Mario Ledesma - sérieux et efficacité sur le pré, les Argentins cumulent les bons points à quelques jours d’un quart de finale abordable face à l’Écosse, une des nombreuses nations de l’hémisphère nord à avoir déçu lors de la phase de poules. Si rien n’est fait d’avance, et comme aiment le rappeler les Pumas à chaque sortie, "ce match, il faudra d’abord le jouer", il est incontestable que ces derniers font désormais office de favoris. Aigri après la défaite des Bleus lors du match d’ouverture, le public français commence même à éprouver de la sympathie pour ces Argentins généreux, à défaut d’être géniaux dans le jeu.
Peu soutenue sur presque tous les terrains qui l’ont opposée à ses adversaires du groupe D, la sélection albiceleste devrait donc cette fois avoir la faveur du public. Une première qu’il faudra juger, les partenaires du capitaine Agustin Pichot ayant puisé une partie de leur force en eux-mêmes et non chez les autres. Mais ce soutien populaire ne devrait pas leur faire trop de mal. Au contraire. Les récents champions de France Hernandez et Pichot attendent même avec impatience d’avoir le stade avec eux. Si le discours demeure mesuré, l’ambition, elle, est bien présente. "On ne peut pas affirmer que nous sommes les meilleurs au monde. Maintenant, on ne peut pas être à la fois très haut et très bas", insiste Agustin Pichot, lui, qui, d’après ses coéquipiers, ne cesse de leur prendre la tête avec son rêve : remporter la Coupe du monde.
Il suffisait de voir avec quelle détermination le futur joueur du Racing Métro a levé les bras au coup de sifflet final du match contre l’Irlande. Le regard du demi de mêlée en disait alors long sur les motivations réelles de son équipe. Le capitaine de la sélection argentine sait mieux que quiconque l’impact qu’est en train de provoquer le parcours des siens au pays. Ce dernier, pourtant plus proche du football émotionnellement parlant, tombe dans une véritable "pumamania". "Les gens ne bossent plus, ils nous suivent à la télé", explique Pichot. À eux désormais de faire en sorte que cette folie qui touche leur nation dure le plus longtemps possible…
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