Le succès du jeu
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Dix ans après la retraite de Maradona, et après plusieurs désillusions, l’Argentine semble avoir retrouvé une équipe à la hauteur de ses ambitions. Après un été 2006 plus que prometteur, le onze argentin a jusqu’ici fait forte impression dans cette Copa America qui lui échappe depuis 1993 : trois matchs pour autant de victoires, neuf buts marqués, trois encaissés. Arrivé au Venezuela avec une équipe (presque) au complet, l’entraîneur argentin dispose d’une abondance de choix en défense, au milieu comme en attaque. Mais si l’ambiance est au beau fixe, l’éternelle question du numéro 10 ne semble pas vraiment résolue.
L’éternel retour de Riquelme
Après plusieurs essais infructueux, l’ancien sélectionneur José Pekerman avait choisi de confier les rênes de l’équipe à Juan Roman Riquelme. Formé à Boca Juniors, il s’était révélé au début des années 2000 avant de partir en Espagne, à Barcelone puis à Villareal. Malgré des qualités techniques indéniables et une précision redoutable sur coups de pieds arrêtés, il n’avait pas véritablement explosé dans un championnat espagnol qui le juge trop lent. Après une Coupe du monde 2006 en demi-teinte, il renonçait à la sélection pour des raisons personnelles, et son club, Villareal, décidait de le prêter six mois à Boca Juniors suite au conflit qui l’opposait à son entraîneur. Un bol d’air en forme de revanche pour Riquelme, puisqu’il remportait en mai dernier la Copa Libertadores après avoir porté son équipe à bout de bras, et qu’il acceptait dans la foulée un retour en sélection.
Mais le poste de meneur de jeu de la sélection albiceleste est exposé, et Riquelme le sait. Depuis la retraite de Maradona, beaucoup s’y sont cassées les dents. D’Ortega à Verón en passant par Gallardo, Aimar et plus récemment Insúa, personne ne s’y est imposé. Il faut dire que l’ombre du "pibe de oro" est plus que pesante : "Le pape est Allemand, mais Dieu est Argentin" comme on peut lire à Buenos Aires. La presse argentine se délecte quand à elle de ses frasques en tous genres, et le propre Maradona ne perd pas une occasion de rappeler qu’il sera encore et pour longtemps le "plus grand". Pendant le dernier Mondial, il passait régulièrement à l’hôtel de la sélection argentine, ses commentaires sur les prestations des joueurs et les choix tactiques faisaient la une des journaux, et lorsqu’on lui demandait s’il visait le poste de sélectionneur, il répondait avec nonchalance "probablement, mais plus tard". De quoi vous rabaisser l’orgueil de n’importe quel successeur potentiel.
Génération dorée cherche un patron
Au point que l’on pourrait presque parler d’un "symptôme Diego". Depuis plus de dix ans, les Argentins raflent tous les titres dans les catégories juvéniles : Chez les moins de vingt ans, quatre des six derniers titres de champions du monde ont terminé à Buenos Aires, et l’équipe emmenée par Sergio Agüero est favorite du championnat qui se joue en ce moment au Canada. Ce réservoir de jeunes se retrouve au fur et à mesure en équipe première : Cambiasso, Aimar, Riquelme (champions en 1997), Burdisso, Maxi Rodriguez, Saviola (2001), Gago, Messi (2005), ainsi que les champions olympiques d’Athènes (Mascherano, Lucho González, Tevez) forment désormais l’ossature de la sélection. Mais le même problème demeure : qui aura les épaules pour endosser le numéro dix ?
Lors des deux premiers matchs de la Copa América contre les Etats-Unis et la Colombie, c’est Riquelme qui jouait devant Veron, Mascherano et Cambiasso, et derrière les deux pointes, Crespo et Messi. Bien que le score final laissait peu de place au doute (4-1 et 4-2), le meneur de Boca avait toujours du mal à assumer son statut en sélection. Il s’en sortait avec une prestation honorable, mais sans véritablement faire la différence. Malgré le talent et la rapidité des attaquants argentins, les Messi, Tevez, Crespo, Milito ou Palacio auront toujours besoins d’une rampe de lancement pour se procurer des occasions. Et lorsque Riquelme n’est pas au mieux, on voit mal qui pourrait prendre sa la relève. Ni Aimar, ni Verón ou Insúa ne semblent capables d’assumer ce poste dans les années à venir. Quant aux Messi ou Agüero, ils se situent davantage dans le registre d’un neuf et demi.
Dans l’immédiat les Argentins visent ni plus ni moins que le titre continental, et se mesureront au Pérou en quart de finale de la Copa América. Mais la question du meneur de jeu risque de se poser rapidement. Bien que le toque de Riquelme soit souvent efficace face aux équipes sud-américaines, en sera-t-il autant lors du prochain Mondial ? Riquelme sera-t-il à la hauteur, faudra-t-il changer de système de jeu, ou l’Argentine se découvrira-t-elle d’ici là une nouvelle perle ? Autant de dilemmes pour le "Coco" Basile s’il veut en finir avec l’hombre de Maradona.
| Malgré des débuts difficiles à Metz lors de son arrivée en Lorraine cet hiver, (...) |