Un lobbying original
Seule la Ligue des champions pourra atténuer les regrets marseillais
Marseille veut frapper un grand coup
Sans Valbuena, l’OM devra encore composer offensivement face à Lyon
Gerets anticipe du changement
Pas de sélection pour Valbuena selon Gerets
"Mais ils sont où les Marseillais ?" N’en déplaise aux supporters chambreurs insensibles aux charmes de l’OM, la réponse à cette rengaine est sans appel : partout ! Ce n’est pas la statue de David mais celle du Général Leclerc qui trône indifférente au beau milieu de la foule et des automobiles. Nous ne sommes pas au rond-point de la plage du Prado, à Marseille, mais sur la place de la Porte d’Orléans, à Paris. Philippe, retraité sexagénaire et président de Phocéen, une association de loi 1901 fondée en 1987 et dédiée à la gloire de l’Olympique de Marseille, est en terrain familier. Lui, le Marseillais pure souche, déraciné voilà près de quarante ans pour des raisons professionnelles et aujourd’hui Orléanais de résidence, reste coutumier des déplacements sur la capitale.
Michel, Olivier, Anthony et Alexis, eux, n’ont pas ce privilège du sang. Pour la plupart, ce n’est pas la Méditerranée qui bouillonne dans leurs veines mais la Seine. Natifs de Paris, de sa banlieue, ou du Nord de la France, ces quatre cœurs battent à l’unisson pour l’Ohème. À l’image de ces milliers de supporters que compte le club olympien en Ile-de-France, et qui refusent d’obéir à la loi de la proximité géographique que d’aucuns prétendent incontournable. Pas question de soutenir le PSG sous prétexte que le Parc se trouve à leur porte, ceux-là ont tous une bonne raison de vibrer aux chants du Vélodrome.
Tous les chemins mènent à Marseille
"Est Marseillais celui qui aime Marseille", claironne Philippe. Phocéen compte environ 700 adhérents sur les régions parisienne et Centre, soit le plus imposant contingent de supporters marseillais extra muros en France. Agés de 7 à 77 ans - et parfois même au-delà - ses membres, unis par la même passion, ont tous une histoire singulière avec l’Olympique de Marseille. Miracle de la génétique - comme se plaît à le rappeler Philippe avec son accent pointu ("À Marseille, on naît supporter de l’OM, c’est notre religion."). Héritage familial - à l’instar d’Alexis et d’Anthony, 20 ans et 18 ans respectivement et victimes collatérales consentantes de l’engouement paternel. Vestige d’un vécu dans l’enceinte phocéenne - à l’image d’Olivier, le Nordiste aux accointances sudistes persuasives. Ou révélation tardive, tel le ralliement de Michel, le comptable cinquantenaire converti il y a quinze ans à peine quand les Waddle, les Sauzée et les Papin faisaient des leurs. Le redoutable virus olympien continue aujourd’hui encore à faire des ravages auprès des supporters potentiels.
Reste alors à assumer au grand jour sa passion. Pas simple, forcément, lorsque l’on vit sur un fief ennemi. Fier d’être à la tête d’un groupe hermétique à la violence et au racisme - charte familiale à l’appui - Philippe admet volontiers que nombre de partisans parisiens respectent l’orientation de ses ouailles. Mais s’il garde un souvenir ému de l’ovation recueillie par l’OM et les siens sur les Champs-Elysées, au lendemain du sacre européen des Boli et consorts, au printemps 1993, le président de Phocéen n’oublie pas que l’intolérance a conduit son association à élire domicile à Orléans. "Il n’y avait pas d’antagonisme exacerbé avant que Canal+ ne fasse monter la moutarde entre les deux clubs pour générer de l’audimat", témoigne Philippe. "L’affaire OM-VA a été un tournant. Un soir, en 1995, notre siège basé dans une brasserie place de la Nation a été saccagé. Deux ans plus tard, un autre club de supporters marseillais voyait ses locaux vandalisés à Mantes-la-ville, dans les Yvelines."
Une passion sans limite
Et Philippe de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps que ça, une confrontation entre Paris et Marseille accouchait en moyenne d’un bilan pitoyable de trois blessés parmi les spectateurs. Tous se souviennent notamment de ce jeune supporter aubois, toujours invalide aujourd’hui, qui avait reçu un siège en pleine tête alors qu’il soutenait l’OM dans les tribunes du Parc des Princes, en octobre 2000. C’est dire si la passion sait prendre le pas sur la raison de ses mordus du club ciel et blanc. Chez Phocéen, les plus tenaces n’hésitent pas à effectuer une trentaine de déplacements dans l’année, pour un coût moyen oscillant entre 50 et 70 euros. Un vrai budget, donc - sans parler des sacrifices familiaux - que ces supporters d’exception savent amortir. En criant leur foi aux confins de l’Europe ou dans le Virage Sud du Stade Vélodrome, aux côtés de leurs homologues Winners ou Ultras.
Afin de vivre un tel privilège, les Parisiens ont toutefois dû montrer pattes blanches. "Une place en virage, ça se mérite !", confirme Philippe. Les fameux Footix, ces spectateurs occasionnels qui ne connaissent pas les codes du vrai supporter, bannis de ses rangs, Phocéen, rattaché aux Amis de l’OM - l’une des huit associations de fans accrédités par le club - jouit aujourd’hui d’une belle réputation. Mis à contribution pour préparer les festivités de la finale de Coupe de France, le demain soir, Philippe et ses acolytes sont sur le pied de guerre depuis plus de trois semaines. Ce week-end, ils n’auront pas à voyager des heures pour rallier le théâtre des prouesses olympiennes. Au Stade de France, le groupe à la tête de Tigre ne chantera pas tout à fait à domicile certes, mais les Sochaliens, adversaires des Phocéens sur le pré dionysien, n’évolueront sans doute pas en terrain neutre…
| Malgré des débuts difficiles à Metz lors de son arrivée en Lorraine cet hiver, (...) |